| |
24/05/2005
This article appeared in the Belgian paper La Libre, and is
based on a statement made my a group of NGOs including
JRS-Belgium.
Les centres fermés ne sont pas un jardin d'enfants La
Libre 23/05/05
Qu'ils soient en famille ou seuls, la Belgique enferme des
mineurs étrangers, au mépris des règles internationales, mais
surtout, au mépris des valeurs humaines les plus fondamentales
CIRE, Ligue des droits de l'homme, MRAX, Jesuit Refugee Service,
Service social de solidarité socialiste (SESO), Point d'appui,
Médecins sans frontières, Service droit des jeunes, Aide aux
personnes déplacées, Caritas, Centre Social Protestant (1)
Depuis le 2 mars, une famille avec 5 enfants, est détenue au
centre 127 bis à Steenokkerzeel. Plusieurs de ces enfants
allaient régulièrement à l'école, et l'aîné, âgé de 14ans, est
gravement handicapé. Par deux fois, un tribunal a jugé cette
détention illégale. Mais l'Etat belge a fait appel et leur
détention se prolonge. Cette situation est malheureusement loin
d'être un cas isolé.
Qu'ils soient en famille ou non accompagnés, la Belgique enferme
des mineurs étrangers depuis des années, au mépris des règles
internationales qu'elle a signées et ratifiées, mais surtout, au
mépris des valeurs humaines les plus fondamentales. Rappelons
que ces détentions ne sont en rien consécutives à la commission
d'un délit. Simplement, ces familles ont quitté leur pays pour
trouver une terre où vivre en paix.
Il suffit d'imaginer le parcours de ces enfants pour percevoir
le non-sens que représente leur enfermement.
De l'humiliation des parents au moment de l'arrestation, surtout
lorsque l'enfant est «récupéré» à l'école, à la détention en
tant que telle, le traumatisme est profond. Dans les centres
fermés, au fil des semaines on voit les enfants s'user, devenir
taciturnes, perdre l'envie du jeu et de la découverte... Le
centre fermé abîme chaque année la vie de centaines d'enfants,
sans que personne ne s'en émeuve. Ces enfants de tous âges (parfois
des bébés de quelques mois) doivent respecter les heures de
promenade, pour sortir un instant, entourés de barbelés. Ils
sont privés d'instruction -un droit constitutionnel!- dans un
milieu régi par des règles carcérales.
A la fin des années90, plusieurs travaux avaient permis de
souligner à quel point le centre fermé n'était pas une structure
adaptée pour un enfant, et comment la détention d'un mineur
pouvait laisser des séquelles psychologiques graves. En
septembre1999, à la demande du tribunal de première instance de
Bruxelles, un rapport d'expertise rédigé par des psychologues et
pédopsychiatres avait détaillé l'ampleur de «la maltraitance
psychologique», «explicable par les seules conditions de vie en
centres fermés» (2).
En juin 2003, à son entrée en fonction, le gouvernement
VerhofstadtII déclarait que «ne seront plus accueillis dans des
centres fermés à la frontière des mineurs non accompagnés qui
demandent l'asile à la frontière». Deux ans plus tard et malgré
l'entrée en vigueur du système de tutelle le1ermai2004, on doit
constater que les enfants dans ce cas continuent à être détenus
systématiquement au centre127 et cela parfois pendant plusieurs
semaines.
Dans les deux centres fermés situés près de l'aéroport de
Bruxelles-National, on trouve aussi de nombreuses familles avec
enfants. Au milieu de ce mois d'avril2005, on dénombrait 39
enfants dans le seul centre 127bis de Steenokkerzeel.
Pour reprendre les termes du rapport d'expertise de 1999, on a
peine à imaginer combien l'identité familiale est «ébranlée par
l'échec, la culpabilité, l'absence d'avenir envisageable». Dans
ce contexte de détention, les enfants vivent dans une atmosphère
de tension, voire de violence, où les jeux existent mais sont
difficilement accessibles, où les journées sont terriblement
vides et sans aucun sens, où les enfants sont perclus dans une
salle de télévision enfumée et bruyante.
Certains trouveront acceptable d'aménager les centres fermés
pour les rendre plus confortables aux enfants. Mais tous les
aménagements possibles n'empêcheront pas le traumatisme lié à
une privation de liberté dont les enfants ne comprennent pas les
raisons. Aucun aménagement en la matière n'est possible, ni ces
enfants ni leurs parents n'ont leur place dans un centre fermé.
Si les conséquences sur le psychisme de l'enfant et sur son
développement en tant qu'individu laissent de marbre le
gouvernement, les enfants ont pourtant des droits, inscrits dans
la Convention relative aux droits de l'enfant entrée en vigueur
en Belgique le 15 janvier 1992.
Cette Convention énonce quelques principes fondamentaux:
l'intérêt supérieur de l'enfant doit toujours être pris en
considération prioritairement dans toute décision le concernant;
l'enfant doit être protégé contre toute forme de discrimination
due à la situation juridique de ses parents; l'enfant a droit au
développement physique, spirituel, moral et social. Il a droit
aux loisirs et, bien sûr, à l'éducation. Mais surtout,
l'article37 de cette Convention prévoit que «l'arrestation, la
détention ou l'emprisonnement d'un enfant doit n'être qu'une
mesure de dernier ressort, et être d'une durée aussi brève que
possible».
En enfermant des enfants, parfois pour plusieurs mois, la
Belgique viole cette Convention internationale et crée, de fait,
les conditions d'une discrimination entre enfants sur base du
statut administratif de leurs parents.
Pourtant, l'enfermement de mineurs n'est pas une fatalité. Les
rapports mentionnés ci-dessus avaient permis une prise de
conscience et la suspension de toute détention de familles avec
mineurs de fin1999 à juin2001. Depuis lors, l'obsession de la «gestion
des flux migratoires» a repris l'ascendant sur le respect des
droits fondamentaux de l'enfant.
Par conséquent, il faut mettre un point final à la détention de
mineurs et une réflexion rapide sur les alternatives à ces
détentions. Assurément, nous ne dénonçons pas uniquement
l'enfermement des mineurs (3), mais pouvons-nous en particulier
accepter qu'une démocratie qui se veut un modèle de respect des
droits humains méprise les droits des plus vulnérables d'entre
nous, à savoir les enfants?
|